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Les politiques de parentalité en entreprise : luxe ou nécessité ?

La parentalité est une histoire récente en entreprise. Le moment de bascule se situe au début des années 2000. Avant, c’était un ‘non-sujet’ ou plutôt un sujet ‘strictement féminin’. Depuis les années 2000, c’est un sujet d’intervention devenu légitime pour les entreprises. On peut cependant se poser la question : la parentalité en entreprise est-elle un luxe que peuvent s’offrir les entreprises du monde occidental ? ou bien une nécessité, économique et sociale ?

Les caisses de L’État sont vides…. ou la redistribution des rôles entre entreprises et pouvoirs publics

Même si les entreprises participent depuis longtemps à la politique familiale au travers des cotisations sociales versées à la Sécurité sociale, historiquement en France, c’est à L’État que revient la charge de la politique familiale.

Le modèle historique d’État-providence et la politique familiale volontariste qui l’accompagne ont contribué à faire en sorte que la France soit, à la fois, championne d’Europe de la natalité et qu’elle se distingue par un taux d’emploi des femmes élevé.

Dans nos sociétés vieillissantes, les politiques publiques en faveur de la conciliation emploi-famille sont donc essentielles pour faciliter le renouvellement de la population et favoriser l’essor économique.

Or, à l’heure actuelle, L’État providence manifeste des failles et l’argent manque dans les caisses publiques. L’État ne pouvant plus tout assumer – en France, il manquerait à ce jour près de 400 000 places en crèches -, il passe désormais le relais à d’autres acteurs intermédiaires : les collectivités territoriales, les acteurs sociaux et enfin, les entreprises, incitées à investir dans des mesures de soutien à la parentalité et à devenir des entreprises ‘family friendly’.

Quand La parentalité se décline au masculin … ou quand les travailleurs se revendiquent aussi comme pères

D’un côté donc, L’état passe en partie, la main à l’entreprise. De l’autre, les hommes investissement et affirment davantage leur rôle de père.

Pourquoi ? D’abord parce que les hommes y ont intérêt. En effet, la vie actuelle est une vie en CDD : la vie professionnelle passe plus souvent qu’avant par des emplois en CDD. En même temps, la vie familiale est aussi en CDD : on se met en couple, on se sépare, on se marie, puis on fait des enfants, on se re-sépare, puis on vit en famille recomposée… Désormais, la parentalité prend le pas sur la conjugalité : ce qui prime et qui fait une famille, c’est le rapport à l’enfant, ce n’est plus le rapport au couple.

Ensuite, les rôles sexués commencent à être un peu plus indistincts, la frontière entre le féminin et le masculin s’estompent : à témoin les couples homosexuels, les familles homoparentales et les couples à double carrière. Autant de raisons pour lesquelles les hommes s’investissent peut-être avec plus de facilité et d’agrément dans les tâches et responsabilités familiales.

La parentalité n’est donc plus un sujet ‘spécifiquement féminin’. C’est une nouveauté pour les entreprises que de reconnaître que les travailleurs masculins sont aussi des pères.

Les entreprises face à une double nécessité

Les politiques de parentalité mises en place par les entreprises visent à réduire les coûts du stress et de l’absentéisme générés par la difficulté des salarié.es-parents, à articuler vie pro et vie familiale d’une façon satisfaisante.

La parentalité en entreprise n’est pas un luxe. C’est une nécessité qui devient une double nécessité face à l’émergence d’une nouvelle donne socio-économique : la génération des 50 ans et plus, contraints à cotiser plus longtemps et donc à rester plus durablement en entreprise. Or, ces salariés seniors ont souvent une double charge familiale (ascendants et petits-enfants), donc une double charge de conciliation qui oblige les entreprises à repenser les conditions d’emploi et d’aménagement des temps de travail.

Sachant que la charge de conciliation revient toujours essentiellement aux femmes, il ne faudrait pas que ce que les femmes gagnent sur le terrain de la parentalité, elles le perdent sur celui de la prise en charge des ascendants et de la grand-parentalité.